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Marguerite est trop jeune. Oh ! si c’était ma file,
Si j’avais une enfant, tête blonde et gentille
Fragile créature en qui je revivrais,
Rose et candide avec de grands yeux indiscrets !
Des larmes sourdent presque au bord de ma paupière
Quand je pense à l’enfant qui me rendrait si fière.
Et que je n’aurai pas, que je n’aurai jamais ;
Car l’avenir, cruel en celui que j’aimais,
De cette enfant aussi veut que je désespère.
Jamais on ne dira de moi : c’est une mère !
Et jamais un enfant ne me dira : maman !
C’en est fini pour moi du céleste roman
Que toute jeune fille à mon âge imagine.

Ma vie à dix-huit ans compte tout un passé.

— C’est aussi beau que les plaintes d’Antigone ὰνυμφη dans Sophocle. — J’ai les Fêtes galantes de Paul Verlaine, un joli in-12 écu. C’est fort bizarre, très drôle ; mais, vraiment, c’est adorable. Parfois, de fortes licences ; ainsi :

Et la tigresse épou | vantable d’Hyrcanie
est un vers de ce volume. — Achetez, je vous le conseille, la Bonne Chanson, un petit volume de vers du même poète : ça vient de paraître chez Lemerre ; je ne l’ai pas lu ; rien n’arrive ici ; mais plusieurs journaux en disent beaucoup de bien.

Au revoir, envoyez-moi une lettre de 25 pages — poste restante — et bien vite !

A. Rimbaud.