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452 LA MOUVELLE REVUE FRANÇAISE

bien lire M. Barre, appelle le chant véritable de la langue. Le vers libre n'est vers qu'en tant qu'il épouse, par son accen- tuation ou ses homophonies, des courants naturels et des habi- tudes ancestrales du français. Il a pour éléments, aussi bien que le vers régulier (que M. Barre se reporte à son chapitre sur Gustave Kahn !) des successions de longues et de brèves équili- brées selon le mouvement et l'émotion, des assonances et des allitérations, parmi lesquelles la rime est comprise, et il diffère de la prose dans la mesure où il maintient un emploi continu, avec des retours, de ces éléments. Que cette continuité et ces retours soient souvent discutables, je le veux bien, mais il me suffit que le vers libre ait produit telles scènes de Pkocas le "Jar- dinier pour croire que si sa perfection est difficilement atteinte, elle n'est pas inaccessible.

Le vers libre (et M. Barre l'aurait bien dû voir) ne peut être qu'un vers dit, par opposition au vers syllabique, qui tend à devenir visuel s'il n'est pas soutenu par un sens très avisé du rythme. Aussi le vers libre ne peut-il s'imposer, gagner l'oreille, que par le théâtre : il sera dramatique ou il ne sera pas. Pour- quoi M . Barre n'a-t-il rien dit du symbolisme au théâtre ? Le théâtre est le genre commun, la plate-forme populaire où se fait connaître une école poétique. On sait même à quel point les nécessités du théâtre ont influé sur la technique du vers, puisque le romantisme revendiqua d'abord le vers brisé comme un moyen nécessaire d'expression dramatique. Mais y eut-il vraiment un théâtre symboliste ?

Si je considère les trois meilleurs poètes de la génération qui suivit Verlaine et Mallarmé, et qui sont Henri de Régnier, Viélé-Griffin et Francis Jammes, je suis frappé de ceci que tous trois ont écrit sous forme de poème dramatique leur chef- d'œuvre, avec VHomme et la Sirène, Phocas le Jardinier, le Poète et sa femme. Le dernier a même trouvé une veine comique fort drue dans Existences (la première partie du moins, car la seconde reste à l'état de brouillon). Comparez les deux

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