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454 l'A NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

personnel au poète, qui ne comportait aucune influence, aucune action. " Sur ces limites imiter, disait M. Valéry, n'est-il pas crier que l'on imite ?" — La réforme lexicographique n'a pas plus d'importance ; il ne faut mettre au compte de la poésie symbo- liste ni les fantaisies ingénues de l'école romane, ni l'archaïsme dont M. Tailhade s'est bien gardé d'user autrement que sur le mode burlesque.

Nous continuerons donc à manquer d'un livre d'ensemble sur le symbolisme. Faut-il le regretter ? Est-il déjà possible ? Le symbolisme ne comportera, pour la critique, un ordre et un sens que lorsqu'un nouveau mouvement poétique (je n'ose dire une école) lui aura succédé, lorsqu'il sera possible de le définir comme il le faut, par ce qu'il précède et par ce qui le suit. Et puis il faudra qu'aux historiens de la littérature, des monogra- phies, qui font encore défaut, aient tracé le chemin. Nous avons à revendre des livres d'anecdotes sur Verlaine, nous connaissons assez et trop ses propos de café. Mais si quelqu'un avait écrit une étude approfondie sur sa poétique, analysé sa rythmique et sa métrique, suivi l'évolution de son vers, ni M. Barre ni aucun vulgarisateur d'histoire littéraire, n'aurait pu écrire qu'il n'a rien ajouté au vers de Molière ni de la Fontaine. Il faudrait alors renoncer à des clichés comme celui que je trouve à la page i86:

    • La poésie de Verlaine est pour ainsi dire la musique même ;

elle se sent, elle ne s'analyse pas. " Pardon ! c'est pourtant votre métier de critique. Ce que vous sentez fortement, vous devez l'analyser profondément, et quand vous ne le pouvez ni ne le tentez, il est trop commode de nous dire qu'on ne le doit pas. Si la poésie née du symbolisme donne les fruits que nous devons en attendre encore, si un théâtre de poésie neuve forme l'oreille du public, si les essais critiques qui se poursuivent actuellement sur l'essence et le rythme du vers français conti- nuent eux aussi à assurer et à affiner le sens poétique, jamais plus riche matière n'aura été offerte à l'exercice du goût cons- cient et aux délicatesses de l'analyse.

Albert Thibaudet.

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