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4^2 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

autorise les plus libres formes, il est également capable d'inciter tel poète à restituer aux formes régulières une vigueur, une valeur usées dans l'application d'un formulisme étroit ; à ne plus seulement compter, mais à peser aussi les syllabes de leurs poèmes. Un Hérédia, un Signoret, un Moréas n'y manquaient pas plus qu'un Racine ; ils savaient leur métier secret.

M. André Mary sait le sien, et mieux peut-être qu'aucun des poètes nouveaux qui s'ingénient comme lui à restaurer un lyrisme archaïque. Ses vers sont presque toujours pleins ; les rimes savent s'y effacer, se perdre dans la continuité d'une mélodie un peu courte. L'auteur met une évidente coquet- terie à se montrer ouvrier d'autant plus parfait qu'il tient pour plus sacrées, pour plus inviolables, les règles traditionnelles. Je m'étonnerai seulement qu'il consente à recourir à un alexan- drin ternaire. Que vient faire cette innovation dans un livre soumis si délibérément au passé î

Je ne chante en mes vers les vieux fleuves cornus

Aux barbes limoneuses Que les anciens voyaient émerger, dieux chenus

Des ondes poissonneuses.

Il me semble que le " Je ne chante ", tracé comme un défi au modernisme, à la première page du recueil, pour nous avertir dès l'abord non seulement de la forme métrique, mais du ton, de la langue, de la syntaxe que l'auteur entend employer, enga- geait plus étroitement celui-ci vis à vis de la tradition proso- dique. L'inconséquence est regrettable ; elle nous choque dans notre besoin de logique ; elle n'est pas la seule, hélas ! L'incon- séquence est à la base de cet art, dont nombre de jeunes gens s'engouent, sur l'exemple — je le répète — non pas d'une chaîne ininterrompue de chefs-d'œuvre, mais d'une réussite unique, paradoxale, sans lendemain, de par sa perfection même, sur l'exemple des Stances de Moréas. Ne veut-on pas

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