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��LE THEATRE

��M'^® Lenéru a retiré sa nouvelle pièce après deux représen- tations. Qu'elle nous permette d'en parler quand même. Si son geste fut fier, il était prématuré. Succédant à l'œuvre puissante et rectiligne que sont les Affranchis, le Redoutabk ' a paru hésitant et incomplet ; mais il contenait de fortes scènes qu'il n'aurait pas fallu sacrifier à cette sourde rancune qui couve contre toute supériorité d'esprit et qui ne cherche qu'une occa- sion de revanche ; la pièce méritait, tout au moins de la part d'une élite, ce tribut de respect et de reconnaissance qu'on doit à un auteur qui nous a émus et fait penser. Quant au grand public, il n'a pas eu le temps de décider devant cette histoire de trahison, qui, racontée vulgairement, lui aurait plu, s'il suffisait pour le décourager et l'irriter, d'un peu de talent, de raccourci et de force.

M"^ Lenéru excelle dans les conflits d'idées ou de sentiments supérieurs. Elle n'est pas à proprement parler créatrice de vie. Elle ne procède pas selon la méthode maternelle qui est de donner d'abord l'existence charnelle, la circulation du sang, la respiration et ensuite seulement la pensée. Ses personnages vivent parce qu'ils pensent si fortement et qu'ils poussent si rigoureu- sement la logique de leurs sentiments qu'on ne s'inquiète plus du reste, — ou du moins ce reste ne vient qu'après. Les personnages se posent par leur qualité d'âme et par de rigoureux points de repère intellectuels. Ils se présentent de front, en honnêtes gens qui ne comptent pas, pour nous gagner,

• A rOdéon.

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