Page:NRF 7.djvu/526

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


5^0 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

raillerie, il dédaigne les biens d'ici-bas. Que j'aime la façon modeste dont cette belle âme refuse l'usage de la vie 1 Cher Du Bellay, malin et délicat...

Il aime les idées. Il laisse à d'autres le soin de les inventer, de découvrir leurs liens logiques et d'organiser leur conséquence ; pour lui, il se con- tente d'être avec elles en échange et en conversa- tion ; il se plaît en leur compagnie ; il sait les voir comme elles sont. Vers elles son esprit s'élève avec animation, tout joyeux d'échapper à l'influence du corps ; il les caresse, il les contourne, délivré de la lassitude oii le maintenait la chair. Le platonisme de Du Bellay n'est pas une doctrine apprise ; il le vit : le monde des Idées, c'est pour lui un refuge tout proche et, si l'on peut dire, sensible ; c'est le lieu où se meut naturellement son agile et claire pensée, c'est cet état d'indépendance de l'esprit où il accède si gaiement.

Peu de véhémence à vivre ; mais quelle gentil- lesse dans l'enthousiasme ! Parmi les vertus indis- pensables au poète Du Bellay range " la magnani- mité de couraige ". Nul mieux que lui n'en est doué. Son âme est de celles qui, entre tous les senti- ments possibles, toujours élisent spontanément le plus généreux, le plus naïf, le plus oublieux de soi. Il est ami de l'admiration ; il sait goûter cette douce et subtile chaleur dont elle nous emplit. La Deffence et Illustration est pleine d'un transport vif et radieux ; partout y paraissent le plaisir.

�� �