Page:NRF 7.djvu/617

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


LA FÊTE ARABE 6ll

qu'une humiliation confuse ; on se dit : ai-je alors été stupide ? ou bien maintenant suis-je un pauvre être au dessous de lui-même, incapable de comprendre ce qu'il a été un jour ?... De tous ces rêves, de tout cet immense effort, que reste-t-il aujourd'hui ? Vous l'avez vu de vos yeux. Plus d'Arabes dans le village, plus de palmiers dans les jardins, plus de caravanes dans le désert, plus de mou- tons sur les collines ; partout les tristes peupliers et les afifreux cochons noirs ; quant à l'aimable ville que nous avions bâtie, ce n'est plus qu'un peu de terre éboulée, un nid à vautours et à corbeaux.

Le Khalife se tut. Peut-être hésitait-il encore à s'en- gager dans ces tristes souvenirs. Je respectai sa rêverie. Nous étions étendus sur un tapis de laine ; un monde infini d'étoiles se découvrait à nos yeux, des chiens jap- paient au loin comme autour de nos fermes, le feu d'un campement nomade brillait comme un brûlot dans nos champs.

Après un assez long silence, mon compagnon reprit :

— Le chemin de fer terminé, tout le peuple des manœu- vres italiens et espagnols qui travaillait à la voie s'était abattu sur l'oasis. Dieu sait qu'ils y furent bien accueillis. Et certes ils ne manquaient ni d'énergie, ni d'endurance, ces Espagnols campés là comme dans une Pampa, ces Italiens à qui le désert même apparaissait comme une terre promise auprès de leur pays ravagé, ces usuriers maltais qui trouvaient un grenier d'abondance dans la misère et la prodigalité arabe, — tous accourus avec un furieux désir de faire fortune et merveilleusement adaptés

�� �