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634 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

auraient à faire oublier à leurs coreligionnaires leurs exac- tions et leurs crimes ?... Une révolte est inévitable. Ce n'est pas cette fois contre un Abd-el-Kader qu'il nous faudra lutter, ni contre un marabout influent, car il n'y en a pas d'influents ou plutôt il y en a trop et ils se détestent entre eux, mais dans chaque commune, dans chaque village, le feu s'allumera de lui-même, et pour les mêmes raisons, l'injustice et la misère. Une fois de plus subirons- nous le sort que nous avons connu tant de fois et sur tant de points du monde, au Canada, dans l'Inde, en Egypte ? Une fois encore aurons-nous travaillé pour les autres ? Comme dit le proverbe arabe : l'aiguille habille tout le monde et reste toujours nue. Et pourtant l'aiguille française avait cousu ici un merveilleux vêtement ; des intrus s'en sont emparés pour s'en vêtir, mais ils n'ont pas le sens de notre élégance à nous. Le beau costume craque de toutes parts, nous le réparons encore : quand les Barbares auront cassé l'aiguille, on les verra dépenaillés et nus comme ils étaient autrefois...

Longtemps ainsi, mon ami donna libre cours à son chagrin. Lorsqu'il me souhaita bonne nuit, déjà l'aube blanchissait l'ouverture carrée du plafond par où tombaient le jour et le froid de l'aurore.

��VII

��Le lendemain, le Khalife et moi, nous descendions les ruelles rapides du village pour nous rendre à l'oasis au jardin d'En Naçeur. Tout était joie et lumière. On eût dit que jamais l'ombre ne pourrait envahir ces vastes

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