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642 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

sur son ignoble famille. Quelque volonté que j'en eusse il me fut impossible de dormir. Et le pouvais-je? quand dans la chambre voisine j'entendais la petite Naïlia chanter une triste mélopée pour abréger le temps et distraire son ennui.

Le matin arriva sans que j'eusse pris la décision de la renvoyer chez sa mère, ou bien de la garder avec moi, ou bien encore de lui délivrer, comme elle m'en suppliait la veille, un permis pour aller au Mzab.

Je me levai, résolu pourtant à ne pas m'en embarrasser davantage. Sitôt que je fus habillé, je me dirigeai vers sa chambre où je la trouvai étendue, non sur le lit mais par terre, comme au temps où elle habitait chez sa grande sœur Aïchouch, toute repliée sur elle-même et paraissant dormir. Je m'approchai. Ses yeux étaient grands ouverts.

— Eh bien, Zohira, lui demandai-je, es-tu consolée ce matin ?

Elle ne bougea pas, ne répondit rien, deux larmes perlèrent à ses longs cils. Je me penchai pour les essuyer, elle m'écarta avec humeur et me dit d'une voix piteuse :

— Laisse-moi, laisse-moi, et donne-moi une permis- sion pour aller chez les Naïliat du Mzab !

Je voulus alors l'embrasser ainsi que je faisais autrefois. Elle me repoussa plus brusquement. Je me piquai au jeu, je désirai bientôt violemment poser mes lèvres sur ce front lisse, tatoué d'une étoile bleue. Elle se débattait comme autrefois quand je la péchais par sa robe derrière la malle de sa soeur, et après une parade, une sorte de combat ou de duel amoureux qui est naturel à cette race, elle finit par succomber comme si je lui faisais violence.

Le jour même, suivant la coutume arabe, je voulus

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