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��CHRONIQUE DE CAERDAL I

SUR LA BONNE RIVE

Il est vrai, dit Caërdal, qu'on m'a laissé sans rien. Vous pensiez, et l'on vous a conté peut-être, que je vivais, sans souci, de mon épée et de mon chant. Les bons contes sont faits par les mauvais amis. Dans cette Ville terrible, oia la décence même est à l'encan, je n'ai jamais été sûr d'un demi louis par jour. Et comme enfin je voulais l'être, le jardin des Hespérides, où toutes les pommes étaient vertes, s'est fermé devant moi.

Il ny a pas de porte qui pourra se vanter que j'y frappe. J'ai baissé la visière ; j'ai bouclé la cuirasse du silence, et je suis parti. Bonsoir au jardin, où j'ai mangé des baies creuses et du raisin aigre. Je peux me nourrir de gratte culs et de faînes, faisant semblant que ce soient des pêches et des oranges ; mais on n'obtiendra pas de moi que je l'aie jamais cru.

Bonne nuit aux jardins qui poudroient sur les pentes de Montmartre. Je n'entre point dans une

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