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CHRONIQUE DE CAERDAL 659

fume. Il y a de quoi rire : les patrons de la Mauvaise Rive ont installé, au beau milieu de leur empire, un monstre qui les siffle.

Je laisse, avec un vaste soupir, la capitale de tous les luxes, où tout est femelle et faux calcul, où j'ai tant de fois porté mes pas incertains entre la colère et les muets reproches. Qu'est-ce que la révolte d'un Caërdal ? Le départ pour une rive meilleure, dans un profond silence.

Enfin, je passe les ponts, et je les romps der- rière moi. Voici que je retrouve la ville des livres et des maisons studieuses, des savants et des prê- tres, et de l'amour pensif qui défend les lieux sacrés de l'Occident contre les Barbares : Sainte Geneviève sur sa colline, penche un visage de reine toujours jeune sur le miroir de Seine. Là, du moins, entre Notre Dame et le Parnasse, il est encore un air respirable pour les hautes pensées. On peut sortir de l'impure mêlée ; on peut se promener parfois dans les rues silencieuses, et marcher à pas lents, le matin, dans le Jardin du Luxembourg, fleuri de rêves et d'amants.

Tout, ici, n'est pas une foire aux plaisirs, dans l'arène des gros sous. Ici, il est permis de croire encore à la volupté secrète qui ne se passe, dans l'âme et dans la chair, ni de loisir ni de retraite. Me voilà de retour sur la Bonne Rive. Hé quoi ^ J'y suis reçu avec une chaude courtoisie. Une pensée généreuse m'y appelle avec grâce. Je ren-

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