Page:NRF 7.djvu/667

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


CHRONIQUE DE CAERDAL 66 1

Il est en secret le contraire de ce qu'il passe pour être avec le plus d'éclat. Il tient de deux âges et de deux mondes, sans tenir fortement à rien, toutefois. Il a beau faire : plus il regarde vers le passé, et plus on sent qu'il rêve de l'avenir. Il est du temps qui vient, plutôt que du monde qu'il quitte. On admire la mélodie de ses plaintes, et l'on nen croit pas ses regrets. Il se plaît à ce qu'il condamne ; et il ne serait peut-être pas fidèle au parti contraire, s'il ne le savait condamné. Quand il réside, il voudrait voyager ; et il envie de résider quand il voyage. Il n'est bien, qu'où il n'est pas. Il donne son cœur à la cause qui le flatte, plutôt qu'à celle qu'il préfère. Il n'est d'accord avec lui même que dans la contradiction. Et il ne comprend pas toujours ce qu'il enseigne ; qui est la pire façon de se contredire. Il a le ton souverain, sans avoir l'âme souveraine. Il dut la gloire à des œuvres toutes mortes, aujourd'hui, que personne ne peut lire ; et il ne vit que dans un livre admirable, que personne n'a lu de son vivant.

Il a pensé longtemps en disciple de Voltaire, et il sent en neveu de Rousseau. Moins loin de tous les deux qu'on ne croit et qu'il ne veut le dire, on ne sait trop que faire de son église, quand il la restaure. Il prêche dans la chaire de Saint Bernard, un évangile doucereux et poétique. Il donne des images pour des raisons, et de menues dévotions pour l'éternelle discipline. Il s'adresse aux peuples, mais

�� �