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77^ ' LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

l'inquiétant relent qui tantôt se mêlait, comme une chose malsaine et délicieuse, au parfum des citronniers. Je l'attribuais d'abord aux papayers, mais ils sont sans haleine, tout comme ces courges innocentes et potagères qui enflent leur panse jaune au milieu des feuillages rampants. Tandis que je gagne l'extrémité de la plantation de bananiers, au bord de la rivière, l'odeur se fait plus insistante et plus énergique, jusqu'à ce qu'enfin je butte contre une immonde carcasse de mulet, à demi rongée, que les hyènes ont traînée là. — Sans bruit, sur ses pieds nus, le bostandji m'a rejoint. C'est un vieil arabe en turban, au visage méfiant et ridé. Il m'apporte des bananes, des limons dont il emplit mes poches. En silence, ensuite, il découvre ses cuisses où des cicatrices mal jointes suppurent. Le jardinier a des rhumatismes, m'explique le boy ; pour se guérir, il s'est brûlé avec des pierres rougies, mais ses plaies maintenant ne veulent pas se fermer et les rhumatismes sont restés. Quand je fais répondre que ce soir, au campement, je lui donnerai des remèdes, il salue, sans mot dire, de la main successi- vement portée à la poitrine, à la bouche et au front, — Ces rivages du Kassam sont une volière admirable. Pas un buisson, pas une branche qui n'abrite son oiseau. L'après-midi entier, dans les îles ombragées de mimosas, au long des falaises et sur les bancs de galets, je le passe à me monter une collection dont l'éclat et la variété m'en- chantent. Curieux manège des petits martins-pêcheurs, noirs et blancs, qui volètent au-dessus des pierres, en quête d'une troupe de moucherons. Sitôt qu'ils l'ont trouvée, ils demeurent immobiles, les ailes battantes, suspendus au milieu de la nuée de bestioles que leur bec infatigable-

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