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LES ROMANS 875

vigueur de leur intuition, l'originalité de leur péripétie nous captiveront dans la mesure où elles servent et guident un pres- sentiment psychologiqta.

Cette liaison féconde du roman psychologique avec le roman d'aventures à merveilleux scientifique ; cette main-mise hardie sur le vaste champ romanesque qu'offre au créateur de caractères toute forme du roman-feuilleton, — il faut avouer que M. Maurice Renard ne l'a point réalisée. Il accumule les épisodes, sans parvenir à nouer une situation tragique, â susciter des âmes capables de refléter le drame, d'en prendre conscience, de s'y mêler activement, d'y risquer un gros enjeu, A maintes reprises, dans le Péril BleUy l'auteur semble avoir entrevu son sujet, mais il passe outre. Et quand, décrivant les ravages exercés par les Sarvants sur Mistraël, il écrit (p. 116) : "Le moyen âge revivait. Les légendes glissaient d'âtre en âtrc Certaines oubliées depuis des siècles, ressuscitaient on ne sait comment. Elles s'étaient infiltrées jusqu'à Mistraël, et mêlaient leurs chimères aux logiques des raisonneurs, " nous ne pouvons nous empêcher de penser que c'est là précisément l'indication de ce qu'il aurait fallu développer... L'exemple du Docteur Lerne est encore plus frappant. Le but poursuivi par le savant, c'est : l'échange des personnalités sans échange des cerveaux. Ses expériences l'amènent à cette première certitude : que le cerveau humain se décharge presque totalement dans une plante. Dès lors, nous le voyons céder de plus en plus fréquem- ment, de plus en plus avidement, à la curiosité, à la passion de se dépersonnaliser, dût-il courir le risque de passer tout entier dans l'objet de sa contemplation, de s'échapper de lui-même définitivement, de perdre sans retour son identité. Il semble que l'auteur tienne là un thème psychologique inexploité, et susceptible d'engendrer quelque situation d'un pathétique humain. On songe aux conclusions qu'eût tirées des mêmes prémisses un Edgar Poë. M. Maurice Renard, lui, se détourne de l'analyse intime poiu: donner ses préférences à l'anecdote

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