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886 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

presque au théâtre, et dont la force scénique a surpris ceux mêmes qui l'avaient le mieux lue.

Nul genre n'est plus stérile et lassant que la parodie. Le rire y est forcé et je ne sais quelle impression honteuse l'accompagne. On donne en quelque sorte son consehtement à la salissure d'œuvres et de sentiments qu'on admire. Un Scarron, un Meilhac-et-Halévy sont trop souvent des calomniateurs qui supposent partout la bassesse. Rien de tel chez le Molière ai Amphitryon ou chez le Shakespeare de Tro'ilus. Si ces poètes s'amusent à ramener quelque demi-dieu aux mesures de l'hu- manité, ce n'est pas pour l'avilir, c'est avec une amitié familière et, si l'on peut dire, dans l'intérêt même du per- sonnage. Le recul et la majesté de l'épopée ont doté les héros légendaires d'une solennité un peu distante qui fait que nous nous en approchons comme de personnes royales avec lesquelles la familiarité n'est pas de mise. Shakespeare nous rappelle que ce sont des hommes. Il lui arrive de nous enlever nos illusions un peu brutalement, mais jamais assez pour nous faire mé- priser le personnage qu'il nous présente. Je ne sais pas, en fin de compte, si je ne préfère pas son Nestor qui radote en se caressant la barbe, à celui qu'on nous enseignait à vénérer en classe. Il est moins ennuyeux à coup sûr. Mais la satire fût-elle rude et sans merci, jamais la pièce n'est amère, tant elle est pénétrée de poésie. La figure de la perfide Cressida est tracée avec une délicatesse qu'on ne retrouve pas chez bien des héroïnes de pièces plus illustres ; et celle d'Hélène, bien qu'elle ne remplisse qu'une scène, est d'un enjouement voluptueux qui jette une sorte de langueur sur la pièce entière.

On n'insistera jamais assez sur ce miracle de l'imagination chez Shakespeare : les personnages, même épisodiques, appa- raissent tout chargés de leur passé, et d'une vie plus riche que logiquement l'action dramatique ne l'eût exigé. L'auteur semble les avoir connus. Ce sont de ses amis auxquels il ne peut dans sa pièce distribuer que des rôles secondaires, mais

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