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��JULIETTE LA JOLIE ' VI

La maison des Frébault était une des plus sales peut- être, en tout cas une des plus vieilles de tout le quartier. On voyait perpétuellement sur la large pierre du seuil des traces du passage des poules ; l'eau de vaisselle qui s'écou- lait par le trou de l'évier s'arrêtait sous la fenêtre où elle formait une mare. Les murs, jaunes de fumée, n'étaient même pas recouverts de papier, l'arche, l'ar- moire, les deux lits n'avaient pas été depuis des années passés à l'encaustique. Quant à la table, toujours encom- brée de bols, de verres, elle en gardait les empreintes circulaires, blanches pour le lait, rouges pour le vin. Le Louis couchait dans un troisième petit lit de fer, près de la cheminée. Dans cette grande pièce qui constituait à elle seule toute la maison ils vivaient à quatre, puisqu'il ne faut pas oublier la grand'mère, une vieille à menton crochu et à bâton, qui faisait son possible pour se rendre utile. Les jours où l'âne n'avait rien à faire elle le menait paître le long des chemins, en tricotant. On l'appelait la mère Catherine. Bien vieille, elle se souvenait de l'invasion des Russes, vers 1814, et du temps où, jeune fille, elle dansait sous des noyers plantés à l'entrée de la ville, et dont il ne restait plus trace.

  • Voir le numéro du 1" mai 1912.

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