Page:Nansen - À travers le Grönland, trad Rabot, 1893.djvu/338

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à travers le grönland.

Cela ne va guère mieux, Sverdrup doit se mettre à l’eau et tirer le canot dans une eau glacée. Partout nous éprouvons les plus grandes difficultés. Souvent nous enfonçons jusqu’au-dessus de la ceinture dans l’argile détrempée et dans l’eau. Après une marche d’une demi-journée dans cette bouillie nous sommes exténués. Enfin, après tous ces efforts, nous arrivons à un point d’où nous pensions pouvoir gagner facilement le fjord. Nouvelle déception. La mer est encore loin et jusque-là la rivière forme un long delta découpé de torrents où la profondeur est même moindre que plus haut. Nulle part l’embarcation n’a assez d’eau pour flotter, et nous devons la porter à travers cette plage d’argile. Avec quel plaisir, après ce pénible travail, nous nous reposons le soir ! Encore aujourd’hui une nuit magnifique. Dès que la dernière lueur du crépuscule a disparu, le ciel s’allume d’étoiles brillantes, puis l’aurore boréale promène ses lueurs pâles au milieu des blancheurs de la lune. Assis autour d’un feu de bivouac, nous causons maintenant de la traversée de l’inlandsis comme d’un rêve dont il ne nous resterait qu’un vague souvenir.

Le souper avalé, nous nous glissons sous des taillis de saules, bien enveloppés dans nos pæsks, et bientôt nous nous endormons profondément.


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notre canot. (d’après une photographie.)