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à travers le grönland.

nage. Est-elle molle et humide, les ski dont la semelle n’est pas couverte de peau glissent difficilement ; sous le patin la neige s’agglutine en paquets épais de plusieurs pouces, parfois même d’un pied ; dans ces conditions la marche devient très fatigante. Pour remédier à cet inconvénient on enduit le bois d’huile de lin, de cire, de suif ou de stéarine. D’après mon expérience la stéarine est préférable ; les autres substances ont l’inconvénient de disparaître rapidement : par suite on est obligé de recommencer fréquemment le badigeonnage. Je recommanderai de chauffer les ski, puis de les enduire lorsque le bois est tiède, ou encore de les frotter avec un sac de sel humide. Après cela les patins peuvent glisser facilement pendant quelque temps ; puis il devient nécessaire de renouveler l’opération.

Sur la neige fraîche les ski glissent également avec difficulté ; lorsqu’elle tombe par un temps très froid, elle forme parfois des paquets sous les patins. La neige fouettée par le vent et celle qui n’a pas été exposée à un commencement de dégel présentent le même inconvénient. L’inlandsis du Grönland était presque partout recouverte de névé pulvérulent. Lorsque la neige est résistante, et que les patins n’enfoncent pas, la marche devient aisée. La neige tombée par le dégel, puis verglassée, offre les conditions les plus favorables pour le patinage. Si par-dessus la couche de verglas se trouve une mince épaisseur de névé pulvérulent, les patins glissent avec une merveilleuse facilité ; sur les pentes, on n’a qu’à se laisser entraîner. Si le verglas n’est pas recouvert de neige, les ski avancent de même aisément ; la couche de neige est-elle au contraire épaisse, il devient difficile de se diriger, surtout dans une région accidentée.

Ce patinage présente quelques dangers. Lorsque la neige est verglassée et que le terrain offre des déclivités, le patineur doit être sûr de lui ; dans ces passages un maladroit peut se casser bras ou jambes. De pareils accidents sont heureusement très rares. En cas de culbute, généralement les ski se brisent : le patineur évite ainsi un accident beaucoup plus grave.

Les ski cassent assez rarement, surtout sous les pieds d’un patineur expérimenté. Pareil accident arrive-t-il loin de toute habitation, lorsque la couche de neige est épaisse, la situation du voyageur