Page:Nerciat - Contes saugrenus, 1799.djvu/56

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Madame. Bon cela…

Monsieur. Si j’ai pensé d’abord, à autre chose qu’à ce qui peut vous regarder… mais… puisque vous m’en faites venir l’idée.

Madame. Pour ne pas jaser pendant une heure sans avoir rien dit, je vous demande en deux mots, si vous étes homme à me donner ce soir, cent louis, dont j’ai besoin pour mon nouveau protégé, qui manque de culottes, à la lettre.

Monsieur. Je conçois qu’un pareil homme doit en beaucoup user ! (il tire une bourse de sa poche) je ne sais pas au juste ce qu’il y a dans ce filet, Madame : mais si vous y trouvés plus que votre compte, vous pourrés…

Madame. (interrompant) Le garder, pour vous prouver combien je fais cas de tout ce qui vient de vous. La bonne action que vous faites sera double ; votre petite somme procurera aussi des jupons à certaine Signora, qui voyage avec l’Adonis. Ils veulent-être frère et sœur, cela m’est fort égal, on prétend à leur auberge, qu’ils couchent pourtant ensemble, ils font très bien si cela les amuse. Le fait est, qu’étant tombés à P… sans sou ni maille, on ne leur a donné qu’un mauvais cabinet à deux lits, où vraiment ils sont l’un sur l’autre ; demain ils seront en meilleure posture, graces à votre argent…

Monsieur. Et cette signora, Madame, lui faites vous l’honneur aussi de la prendre sous votre protection ?

Madame. En premier lieu, je ne l’ai point vüe. On la dit infiniment au dessous de son prétendu frère, c’est une petite personne très brune, on ne cite que sa grace et son esprit. On assure d’ailleurs qu’elle est d’une grande force en peinture, et que même elle prouve d’être d’une des meilleures académies au délà des monts.

Monsieur. Comment Diable ! Vous me faites là, Madame, la description d’un sujet intéressant au possible ! Il ne faudra pas man-