Page:Nerciat - Félicia.djvu/255

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CHAPITRE III


Qui traite de choses moins tristes.


Nous eûmes la visite de milord Kinston le lendemain de notre arrivée. La belle Soligny venait de le quitter pour suivre, au fond de la Gascogne, un militaire haut de six pieds, à qui elle sacrifiait Paris, l’Opéra, un grand bien-être dont milord la faisait jouir, enfin ses diamants, ses effets, dont cet escogriffe avait dirigé la vente, ne lui laissant que ce qu’il lui fallait pour soutenir dignement, au pied des Pyrénées, le titre de marquise qu’elle avait pris à la barrière.

Milord n’avait pas des besoins bien importants, mais il lui fallait une femme, c’était son habitude. Il périssait d’ennui s’il n’avait pas quelqu’un qui l’amusât et l’aidât à manger ses immenses revenus. Soligny valait un trésor pour cet Anglais blasé, et la perte qu’il faisait était difficile à réparer ; je crus cependant lire sur la physionomie de Sylvina qu’elle calculait avec elle-même à quel point il lui serait possible de dédommager milord. Il cherchait de son côté à trouver dans mes yeux quelques dispositions… Mais je dus lui faire sentir que je n’étais pas son fait ; d’ailleurs honnête et intime ami de milord Sydney, dont il n’ignorait ni les sentiments ni les bienfaits, il glissa sur un moment de tentation et s’attacha plus sérieusement à faire naître chez Sylvina quelque envie de se charger de lui. — Je suis las des folles, disait-il, elles ne me conviennent plus. Je voudrais une femme qui ne fût ni trop, ni trop peu connue : l’âge n’y ferait rien. Je ne fais pas toujours l’amour. J’aime la table ; il est ennuyeux d’y être longtemps vis-à-vis d’une femme qui n’est bien qu’au lit. Je veux qu’on pense, qu’on parle ; nos morveuses ont rarement des idées et de la conversation. Je ne trouverais pas mauvais qu’on eût des