Page:Nerciat - Félicia.djvu/312

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CHAPITRE XV


Indéfinissable.


Je jouissais d’avance de la délicieuse surprise que j’allais causer au marquis en lui annonçant ce qui m’était arrivé d’heureux. Il parut enfin ; mille baisers passionnés furent le prélude des confidences intéressantes que j’avais à lui faire. La joie dont elles le transportaient ne se décrit point. Je ne risquais rien d’avancer que bientôt, sans doute, milord Sydney légitimerait ma naissance, en épousant sa chère Zéila… Quoi ! le meurtrier de son mari ! s’écrieront ici nos sentimenteurs modernes !… Mais non, ils n’auront pas lu cet ouvrage, fait pour les effrayer dès son début. De bons humains, beaucoup moins délicats, mais plus indulgents, qui auront supporté jusqu’ici la lecture de ces folies, ne seront point révoltés de ce mariage. Zéila, je l’avoue, avait manqué pour la première fois de délicatesse, et peut-être d’honnêteté, en épousant celui qui, sous ses yeux, avait noyé son amant ; mais je crois en avoir dit ailleurs assez pour la justifier, du moins autant que peut être justifié le cœur d’une esclave, telle qu’elle était quand elle connut Sydney pour la première fois, ayant perdu cet amant, qu’elle regardait plutôt comme un maître qui l’avait achetée pour ses plaisirs. Elle s’était vue forcée de choisir entre deux extrêmes, M. de Kerlandec ou la misère et la mort. Depuis ce temps, l’éducation, l’expérience, l’usage du monde avaient mis ses sentiments et ses principes à l’unisson de nos mœurs ; mais retrouvant un bien qu’on lui avait inhumainement ravi, n’ayant jamais été attachée à son époux qui l’avait voulu priver de son enfant chéri, devait-elle à la mémoire de cet homme dur, on peut dire de cet ennemi, de ne devenir jamais heureuse, quand l’occasion s’offrait de réparer toutes ses pertes, de guérir toutes les plaies de son cœur ? Il est des cas particuliers qui font