Page:Nerciat - Félicia.djvu/315

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


bras d’albâtre, avec lequel elle m’attira pour me donner un baiser. — Viens, prends place sur mon lit, chère petite, et causons, non pas comme mère et fille, mais comme deux amies désormais inséparables. — Que cette familiarité me plaisait ! Cependant je ne pouvais pas me défendre de certaine timidité. Je craignais que ma mère, ayant peut-être connaissance de ma vie mondaine, ne voulût me faire des reproches, exiger le sacrifice de ma liberté, de mes habitudes. Naturellement indépendante, accoutumée à ne rien refuser, à ne penser, à n’agir que d’après moi-même, je ne me sentais pas capable de me soumettre à la gêne… Cependant je me trouvais sous puissance de père et de mère ! Qu’allaient-ils exiger de moi ? Mais cette inquiétude fut de peu de durée.

Ma mère voulait d’abord savoir d’où nous connaissions Robert, et par quel hasard il se trouvait avec nous. Je lui fis un abrégé succinct des malheurs du comte. Elle était bien éloignée, malgré les insinuations de Dupuis, de le croire d’une naissance aussi distinguée et même de lui supposer une âme honnête : toutes les apparences avaient déposé contre lui. Mon récit la désabusait. Elle donnait des larmes aux aventures tragiques, où la violence de sa passion et le désespoir avaient mis si souvent en danger les jours de l’infortuné Robert…

Un laquais vint demander s’il devait introduire un ecclésiastique qui disait avoir les plus importantes nouvelles à communiquer. — Maman, m’écriai-je, si ce pouvait être le docteur Béatin ! — Je n’en doute pas, répondit-elle. C’est un homme, ajouta le laquais, qui dit avoir remis avant-hier une lettre au portier… — Ah ! c’est lui, c’est Béatin, dîmes-nous à la fois ; qu’on le fasse entrer.

Je reconnus parfaitement mon coquin, dont le costume seulement n’était plus le même ; au lieu de l’habit ecclésiastique ordinaire qu’il avait autrefois, il portait maintenant celui de prêtre de l’Oratoire. C’est du moins ce qu’il nous apprit, quand je lui fis demander par Zéila ce que signifiaient certain collet blanc et des manches étroites.