Page:Nerval - Choix de poésies, 1907, éd. Séché.djvu/54

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Un vent souffle les noirs cheveux
Et la chair qui s’envole en poudre…
Puis, à la lueur de la foudre.
Découvre un squelette hideux !

« Hourra ! qu’on commence la fête !
Hourra ! » Tout s’agite, tout sort,
Et, pour la ronde qui s’apprête,
Chaque tombeau vomit un mort.
....................
Tout est fini ! par Notre Dame !
Reprend la même voix, chaque chose à son tour :
Après la gloire vient l’amour !
Maintenant, j’embrasse ma femme.

« — Jamais » Elle s’agite… et tout s’évanouit !
« Jamais ! dit son amant, est-ce bien vrai, cruelle !
(Il était près du lit.) — Ah ! Guillaume, dit-elle.
Quel rêve j’ai fait cette nuit. »




MÉLODIE IRLANDAISE


(IMITÉ DE THOMAS MOORE)


Le soleil du matin commençait sa carrière.
Je vis près du rivage une barque légère
Se bercer mollement sur les flots argentés.
Je revins quand la nuit descendait sur la rive :
La nacelle était là, mais l’onde fugitive
Ne baignait plus ses flancs dans le sable arrêtés.

Et voilà notre sort ! au matin de la vie
Par des rêves d’espoir notre âme poursuivie
Se balance un moment sur les flots du bonheur ;
Mais, sitôt que le soir étend son voile sombre.
L’ombre qui nous portait se retire ; et dans l’ombre
Bientôt nous restons seuls en proie à la douleur.

Au déclin de nos jours on dit que notre tête
Doit trouver le repos sous un ciel sans tempête ;
Mais qu’importe à mes vœux le calme de la nuit ;