Page:Nerval - Les Illuminés, 1852.djvu/232

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avait la rage des pseudonymes, se déguise ici sous le nom de Pierre qu’il a employé déjà dans d’autres ouvrages. « En approchant de Mirabeau, dit-il, je vis un homme qui était dans un resserrement de cœur et qui avait besoin de s’épancher. » Restif lui manifesta des doutes sur la pureté de cette révolution qui avait commencé par des meurtres :

« Réfléchi par caractère, ajouta-t-il, et courageux par réflexion, les têtes m’effrayèrent ; lorsque je rencontrai le corps de Bertier traîné par vingt-quatre polissons, je frémis, — je me tâtai pour sentir si ce n’était pas moi… Cependant, à la vue de la Bastille prise et démolie, je sentis un mouvement de joie… je l’avais redoutée, cette terrible Bastille !

» Mirabeau en ce moment me serra la main avec transport : Regarde-moi, dit-il ; toute l’énergie des Français réunis n’égale pas celle qui était dans cette tête ; mais, hélas ! elle diminue !… C’est moi qui ai fait prendre la Bastille, tuer Delaunay, Flesselle… C’est moi qui ai voulu que le roi vînt à Paris le 17 juillet : ce fut moi qui le fis garder, recevoir, applaudir ; c’est moi qui, voyant les esprits se rasseoir, fis arrêter Bertier à Compiègne par un des miens, qui le fis demander à Paris, qui, la veille de son arrivée, cherchai un vieux bouc émissaire dans Foulon, son beau-père, que je fis dévouer aux mânes du despotisme ministériel : ce fut moi qui fis porter sa tête enfourchée au-devant de son gendre, non pas pour augmenter l’horreur des derniers moments de cet infortuné, mais pour mettre de l’énergie dans l’âme molle et vaudevillière des Parisiens par cette atrocité… Tu sais que je réussis, que je fis fuir d’Artois, Condé, tous les plats courtisans et les impudentes courtisanes, c’est moi qui ai tout fait, et, si la révolution réussit jusqu’à un certain