Page:Nerval - Les Illuminés, Lévy, 1868.djvu/264

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règle par l’excellence de leur intelligence, parce que les êtres purs ne peuvent en dévier : il n’y a rien en eux d’hétérogène qui puisse faire varier leurs actions ; ils sont toujours tout ce qu’ils sont, hors qu’ayant leurs pensées à eux, ils peuvent en concevoir de mauvaises ; ce qui n’arrive pas, parce qu’ils sont dans l’unité, parce qu’ils lisent dans l’universalité des êtres, parce qu’ils voient dans le Verbe tout ce qui est beau et tout ce qui est bon ; que, si quelques-uns d’entre eux ont pu se détériorer dans un temps que nous ne pouvons guère concevoir, ils ne le peuvent plus maintenant, par l’habitude où ils sont du beau et du bon, par l’identité qu’ils ont en quelque sorte avec lui : ainsi, la régularité des marches des astres parmi leurs oppositions, les différents aspects attestent l’excellence de leur intelligence ; qu’ils sont dans l’unité ; qu’ils voient le beau et le bon ; qu’ils sont initiés aux causes du destin qu’ils font ; enfin, qu’ils sont des dieux.

» C’est ce qu’exprime en deux mots Orphée dans l’indigitation à Ouranos : Calice terrestris (ô ciel céleste et terrestre) ! et, dans son indigitation aux astres : Cœlica terrestris gens ! et c’est ainsi que l’hymne à tous les dieux commence ainsi : Maje Jovi, tellus… (grand Jupiter, et toi, terre) ! En effet, que voyez-vous ? vous voyez au ciel les plus grands objets de la nature, et, comme dit encore fort bien Proclus, nous avons aussi un soleil et une lune terrestres, mais selon la qualité terrestre ; nous avons au ciel toutes les plantes, toutes les pierres, tous les animaux, mais selon la nature céleste, et ayant une vie intellectuelle.

» Sans doute que les dieux ont appris ce dogme aux hommes ; mais je dis que, quand ils ne le leur auraient pas appris, ces derniers auraient pu le concevoir d’eux-mêmes. Voyant que la lune recevait sa lumière du soleil, ils purent concevoir comment tous les êtres avaient été produits, et, voyant que ces deux principaux moyens de production n’étaient pas seuls au ciel, qu’il y avait une multitude d’autres êtres qui leur étaient semblables, ils purent concevoir qu’ils étaient aussi des