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VOYAGE EN ORIENT.

de cette plate forme. Le Nil s’étend à l’orient depuis la pointe du Delta jusqu’au delà de Saccarah, où l’on distingue onze pyramides plus petites que celles de Gizèh. À l’occident, la chaîne des montagnes libyques se développe en marquant les ondulations d’un horizon poudreux. La forêt de palmiers qui occupe la place de l’ancienne Memphis, s’étend du côté du midi comme une ombre verdâtre. Le Caire, adossé à la chaîne aride du Mokatam, élève ses dômes et ses minarets à l’entrée du désert de Syrie. Tout cela est trop connu pour prêter longtemps à la description. Mais, en faisant trêve à l’admiration et en parcourant des yeux les pierres de la plate-forme, on y trouve de quoi compenser les excès de l’enthousiasme. Tous les Anglais qui ont risqué cette ascension ont naturellement inscrit leurs noms sur les pierres. Des spéculateurs ont eu l’idée de donner leur adresse au public, et un marchand de cirage de Piccadilly a même fait graver avec soin sur un bloc entier les mérites de sa découverte garantie par improved patent de London. Il est inutile de dire qu’on rencontre là le Crédeville voleur, si passé de mode aujourd’hui, la charge de Bouginier, et autres excentricités transplantées par nos artistes voyageurs comme un contraste à la monotonie des grands souvenirs.


II — LA PLATE-FORME


Je demande pardon au lecteur de l’entretenir d’une chose aussi connue que les pyramides. Du reste, le peu que je lui en apprends a échappé à l’observation de la plupart des Savants illustres qui, depuis Maillet, consul de Louis XIV, ont gravi cette échelle héroïque, dont le sommet m’a servi un instant de piédestal.

J’ai peur de devoir admettre que Napoléon lui-même n’a vu les pyramides que de la plaine. Il n’aurait pas, certes, compromis sa dignité jusqu’à se laisser enlever dans les bras de quatre Arabes, comme un simple ballot qui passe de mains en mains, et il se sera borné à répondre d’en bas, par un salut, aux