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LES FEMMES DU CAIRE.

garçon. Abdallah (c’est ainsi que s’appelait le personnage) ne vit aucune difficulté à remercier son jeune collègue ; quant au petit noir, il le gardait à ses frais, en réduisant d’ailleurs le total de ses propres honoraires à vingt piastres par jour, environ cinq francs.

Arrivés au Caire, les ânes nous portaient tout droit à l’hôtel anglais de la place de l’Eshekieh ; j’arrête cette belle ardeur en apprenant que le séjour était aux mèmes conditions qu’à celui d’Alexandrie.

— Vous préférez donc aller à l’hôtel Waghora, dans le quartier franc ? me dit l’honorable Abdallah.

— Je préférerais un hôtel qui ne fût pas anglais.

— Eh bien, vous avez l’hôtel français de Domergue.

— Allons-y.

— Pardon, je veux bien vous y accompagner ; mais je n’y resterai pas.

— Pourquoi ?

— Parce que c’est un hôtel qui ne coûte par jour que quarante piastre ; je ne puis aller là.

— Mais j’irai très-bien, moi.

— Vous êtes inconnu ; moi, je suis de la ville ; je sers ordinairement MM. les Anglais ; j’ai mon rang à garder.

Je trouvais pourtant le prix de cet hôtel fort honnête encore dans un pays où tout est environ six fois moins cher qu’en France, et où la journée d’un homme se paye une piastre, ou cinq sous de notre monnaie.

— Il y a, reprit Ahdallah, un moyen d’arranger les choses. Vous logerez deux ou trois jours à l’hôtel Domergue, où j’irai vous voir comme ami ; pendant ce temps-là, je vous louerai une maison dans la ville, et je pourrai ensuite y rester à votre service sans difficulté.

Il parait qu’en effet beaucoup d’Européens louent des maisons au Caire, pour peu qu’ils y séjournent, et, informé de cette circonstance, je donnai tout pouvoir à Abdallah.

L’hôtel Domergue est situé au fond d’une impasse qui donne