Page:Nerval - Voyage en Orient, II, Lévy, 1884.djvu/277

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
265
APPENDICE.

poëme à la louange du prophète. Le laveur ôte les habits du défunt, qui sont pour lui un revenant bon ; il lui attache la mâchoire et lui ferme les yeux. L’ablution ordinaire qui prépare à la prière ayant été faite sur le cadavre, à l’exception de la bouche et du nez, le mort est bien lavé de la tête aux pieds avec de l’eau chaude et du savon, et avec des fibres de palmier, ou encore avec de l’eau dans laquelle on a fait bouillir des feuilles d’alizier[1]. Les narines, les oreilles, etc., sont bourrées de coton, et le corps est aspergé d’un mélange d’eau, de camphre pilé, de feuilles d’alizier séchées et également pilées, et d’eau de rose. Les chevilles sont attachées ensemble et les mains placées sur la poitrine.

Le kifen[2], vêtement de tombeau du pauvre, se compose d’un ou deux morceaux de coton tout simplement disposés en forme de sac ; mais le corps d’un homme opulent est ordinairement enveloppé, d’abord dans de la mousseline, ensuite dans un drap de coton plus épais, puis dans une pièce d’étoffe de soie et coton rayée, et enfin dans un châle de cachemire. Les couleurs choisies de préférence pour ces objets sont le blanc et le vert, quoiqu’on puisse faire usage de toute autre couleur, excepté du bleu ou de tout ce qui approche de cette couleur. Lorsque le corps a été ainsi préparé pour l’inhumation, on le place dans la bière, qui est ordinairement recouverte d’un châle de cachemire rouge ou d’une autre couleur. Les personnes devant former le convoi funèbre se placent alors dans l’ordre usité, et qui pour les convois ordinaires est le suivant :

D’abord six pauvres ou davantage ; ces hommes, appelés yiméniyeh, sont ordinairement choisis parmi les aveugles ; ils marchent deux par deux ou trois par trois, à pas lents, en psalmodiant d’un ton lugubre la profession de foi : « Il n’y a d’autre Dieu que Dieu ; Mahomet est son apôtre. »

  1. Les pauvres se serrent souvent des feuilles d’alizier séchées et pilées en guise de savon.
  2. Le kifen est souvent aspergé d’eau du puits de Zemzem, qui se trouve dans le temple de la Mecque.