Page:Nichault - Un mariage sous l empire.djvu/248

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XL


L’archichancelier, ce prince des bourgeois de Paris, au milieu desquels il aimait à se promener tous les soirs à pied, les mains derrière le dos, et suivi d’une petite cour silencieuse, donnait de grands dîners par goût, et des fêtes par ordre ; ce qui se devinait sans peine à la manière dont les premiers étaient soignés, et les secondes abandonnées aux entrepreneurs des plaisirs de ce genre. Cependant, lorsque c’était un bal masqué où l’empereur devait venir, on tâchait que les invitations fussent moins nombreuses et, surtout plus rigides ; mais cette précaution n’empêchait pas le bal de ressembler à une cohue : soit que la présence d’une femme qui en aurait fait les honneurs y manquât, soit que l’habitude de rire des courtisans du grave Cambacérès nuisît à la retenue qu’on doit avoir en bonne compagnie, il régnait dans ces bals un ton qu’on n’aurait pas toléré ailleurs ; les gens les plus habitués à toutes les délicatesses du langage y parlaient de tout avec une franchise, une naïveté d’expression comique ; la gaieté surtout y prenait une tournure égrillarde dont personne ne s’étonnait. Enfin, sans que rien en apparence dût établir de différence entre ces fêtes et celles qu’on donnait chaque jour chez les ambassadeurs, les ministres et à la cour, on ne pouvait se dissimuler qu’elles ne jouissaient d’aucune considération parmi les fashionables de cette époque. La vanité militaire contribuait un peu à ce jugement : alors, tout ce qui n’était pas de l’armée était l’objet des dédains de ceux-là mêmes qui n’en étaient pas. Le nom de pékins, si plaisamment prodigué à tout ce qui ne portait pas d’épaulettes, jetait du ridicule sur les classes les plus respectables ; et les femmes, qui sont toujours du parti des moqueurs, ajoutaient encore à cette injustice par leurs préférences pour les habits d’uniforme : c’était, la flatterie à la mode. Les mêmes qui, dans ce temps, ne pouvaient regarder un pékin sans prendre un air dédai-