Page:Nichault Les Malheurs d un amant heureux.djvu/33

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flexion de madame de Révanne avait ramené Lydie à ses premières résolutions. Il est vrai qu’elle avait perdu, par un imprudent aveu, le droit de nier sa faiblesse ; mais elle se croyait encore la puissance d’y résister ; et je dois sur ce point rendre justice à mon maître. Heureux de voir son amour partagé, il avait promis de la meilleure foi du monde de s’en tenir à un bonheur qui passait son espérance ; et je faillis même encourir sa disgrâce pour avoir osé douter de l’accomplissement d’un vœu qui me semblait bien téméraire de sa part ; mais cette présomption n’appartient qu’aux âmes pures, et je la respectai comme une sainte erreur. Dans l’excès de sa reconnaissance, Gustave écrivait lettres sur lettres. J’étais chargé de les porter, et j’avais le plaisir de les voir reçues avec autant d’émotion qu’en faisait éprouver la réponse. Ce commerce si doux de s’écrire toutes les nuits, de se voir tous les jours, ne suffit pas plus longtemps que je l’avais prévu au bonheur de Gustave ; il devint peu à peu sombre, agité, rêveur, fuyant toute société, même celle d’Alméric dont l’ironie blessait sa sensibilité. Il errait des journées entières dans les bois de Révanne ; ses crayons, son album, servaient de prétexte à ces longues promenades, où il était censé prendre les vues de tous les environs ; mais lorsqu’à son retour je croyais pouvoir regarder sans indiscrétion son dernier paysage, j’avais beau feuilleter le livret, je n’y voyais que des profils de femme dont la ressemblance plus ou moins exacte n’offrait jamais que le même modèle. Ces courses fatigantes, souvent entreprises par un temps effroyable, et cette agitation continuelle, qu’augmentaient encore de fréquentes insomnies, finirent par altérer la santé de Gustave. Malgré tous ses efforts pour le cacher, je m’aperçus qu’il avait la fièvre, et je l’engageai à consulter le médecin de sa mère. Non-seulement il s’y refusa, mais il me traita de visionnaire, en m’assurant qu’il se portait à merveille. Cependant ayant remarqué que cette fièvre recommençait souvent, je pris le parti d’en avertir madame de Révanne, en lui demandant le secret sur cette confidence. Elle m’en remercia les larmes aux yeux, et me chargea d’envoyer un exprès à Rennes pour inviter le docteur Marcel à se rendre au plutôt à Révanne. Prévenu par un billet de