Page:Nichault Les Malheurs d un amant heureux.djvu/45

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pressentis que le soin de la calmer me vaudrait plus d’une ambassade.

À mon retour au château, je rencontrai Gustave : il venait au-devant de la réponse qu’il redoutait même avant de la lire : dès qu’il en eut parcouru la moitié, il s’écria :

— Le ciel dût-il m’anéantir, il faut que je la voie ! Victor dis-moi comment elle t’a reçu, et s’il y a quelque moyen de parler sans la compromettre.

Je lui répondis que cela dépendait uniquement de la volonté de madame de Civray, mais qu’il ne fallait pas penser à la braver par une démarche imprudente avant de l’en avoir au moins menacée ; car, une fois avertie de la possibilité d’une extravagance qu’elle aurait grand soin de défendre au nom de son repos, on était bien certain qu’elle s’arrangerait de manière à la rendre moins dangereuse dans le cas où elle ne pourrait l’éviter. Cette réflexion fit prendre patience à mon maître : il se résigna à tenter l’effet d’une seconde lettre avant de risquer davantage ; et le soleil naissant me revit encore le lendemain sur la route de B*** Pour cette fois, je fus obligé de passer par la grande porte, et de décliner le nom de madame Le Noir à tous ceux à qui il plut de me demander chez qui j’allais. J’arrivai jusqu’au milieu de la cour, escorté de tous les enfants du village qui s’étaient disputé l’honneur de me conduire jusque chez madame d’Herbelin. Les domestiques, attirés par les aboiements des chiens des environs, sortirent par les différentes portes du château ; les maîtres se mirent aux fenêtres ; et jamais l’arrivée d’un messager discret ne fit autant de bruit. Lydie ne m’eût pas plutôt aperçu, qu’elle s’enferma dans son appartement, bien décidée à ne me pas recevoir ; mais je n’étais pas assez maladroit pour me présenter ainsi chez elle. Madame Le Noir eut mes premières salutations ; et je lui laissai croire pendant quelque temps, que je venais lui annoncer l’intention où était madame de Révanne de la consacrer particulièrement au service de sa nièce ; puis, lui parlant de l’arrivée de mademoiselle Louise, je lui racontai toutes les nouvelles domestiques de la maison. Elle parut très-flattée de ma visite, et de la confiance dont la marquise l’honorait, en réclamant tous