Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.djvu/91

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Et quand on vous maudit, il ne me plaît pas que vous vouliez bénir. Maudissez plutôt un peu de votre côté !

Et si l’on vous inflige une grande injustice, ajoutez-y vite cinq autres petites. Celui qui n’est oppressé que par l’injustice est affreux à voir.

Saviez-vous déjà cela ? Injustice partagée est demi-droit. Et celui qui peut porter l’injustice doit prendre l’injustice sur lui !

Une petite vengeance est plus humaine que point de vengeance. Et si la punition n’est pas aussi un droit et un honneur pour le transgresseur, je ne veux pas de votre punition.

Il est plus noble de se donner tort que de garder raison, surtout quand on a raison. Seulement il faut être assez riche pour cela.

Je n’aime pas votre froide justice ; dans les yeux de vos juges passe toujours le regard du bourreau et son couperet glacé.

Dites-moi donc où se trouve la justice qui est l’amour avec des yeux clairvoyants.

Inventez-moi donc l’amour qui porte non seulement toutes les punitions, mais aussi toutes les fautes !

Inventez-moi donc la justice qui acquitte chacun, sauf celui qui juge !

Voulez-vous que je vous dise encore cela ? Chez celui qui veut être juste au fond de l’âme, le mensonge même devient philanthropie.

Mais comment saurais-je être juste au fond de l’âme ? Comment pourrais-je donner à chacun le sien ! Que ceci me suffise : Je donne à chacun le mien.