Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/128

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Leur esprit était noyé dans la pitié et quand ils enflaient et se gonflaient de pitié, toujours une grande folie nageait à la surface.

Ils ont chassé leur troupeau dans le sentier, avec empressement, en poussant des cris : comme s’il n’y avait qu’un seul sentier qui mène à l’avenir ! En vérité, ces bergers, eux aussi, faisaient encore partie des brebis !

Ces bergers avaient des esprits minimes et des âmes spacieuses ; mais, mes frères, quels pays minimes furent, jusqu’à présent, même les âmes les plus spacieuses !

Sur le chemin qu’ils suivaient, ils ont inscrit les signes du sang, et leur folie enseignait qu’avec le sang on témoigne de la vérité.

Mais le sang est le plus mauvais témoin de la vérité ; le sang empoisonne la doctrine la plus pure et la transforme en folie et en haine des cœurs.

Et lorsque quelqu’un traverse le feu pour sa doctrine, — qu’est-ce que cela prouve ? C’est bien autre chose, en vérité, quand du propre incendie surgit la propre doctrine.

Le cœur en ébullition et la tête froide : quand ces deux choses se rencontrent, naît le tourbillon que l’on appelle « Sauveur ».

En vérité, il y eut des hommes plus grands et de naissance plus haute que ceux que le peuple appelle sauveurs, ces tourbillons entraînants !

Et il faut que vous soyez sauvés et délivrés d’hommes plus grands encore que de ceux qui