Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/189

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Mais c’est le conseil que je donne aux rois et aux Églises, et à tout ce qui s’est affaibli par l’âge et par la vertu — laissez-vous donc renverser, afin que vous reveniez à la vie et que la vertu vous revienne ! —

C’est ainsi que j’ai parlé devant le chien de feu : alors il m’interrompit en grommelant et me demanda : « Église ? Qu’est-ce donc cela ? »

« Église ? répondis-je, c’est une espèce d’État, et l’espèce la plus mensongère. Mais, tais-toi, chien de feu, tu connais ton espèce mieux que personne !

L’État est un chien hypocrite comme toi-même, comme toi-même il aime à parler en fumée et en hurlements, — pour faire croire, comme toi, que sa parole vient du fond des choses.

Car l’État veut absolument être la bête la plus importante sur la terre ; et tout le monde croit qu’il l’est. » —

Lorsque j’eus ainsi parlé, le chien de feu parut fou de jalousie. « Comment ? s’écria-t-il, la bête la plus importante sur terre ? Et l’on croit qu’il l’est ». Et il sortit de son gosier tant de vapeurs et de bruits épouvantables que je crus qu’il allait étouffer de colère et d’envie.

Enfin, il finit par se taire et ses hoquets diminuèrent ; mais dès qu’il se fut tu, je dis en riant : « Tu te mets en colère, chien de feu : donc j’ai raison contre toi !

Et, afin que je garde raison, laisse-moi t’entretenir d’un autre chien de feu : celui-là parle réellement du cœur de la terre.