Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/263

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voulait se briser, mais ne savait comment ; et cet accès d’hilarité me secouait le diaphragme.

En vérité, ce sera ma mort, d’étouffer de rire, en voyant des ânes ivres et en entendant ainsi des veilleurs de nuit douter de Dieu.

Le temps n’est-il pas depuis longtemps passé, même pour de pareils doutes ? Qui aurait le droit de réveiller dans leur sommeil d’aussi vieilles choses ennemies de la lumière ?

Il y a longtemps que c’en est fini des dieux anciens : — et, en vérité, ils ont eu une bonne et joyeuse fin divine !

Ils ne passèrent pas par le « crépuscule » pour aller vers la mort, — c’est un mensonge de le dire ! Au contraire : ils se sont tués eux-mêmes à force de — rire !

C’est ce qui arriva lorsqu’un dieu prononça lui-même la parole la plus impie, — la parole : « Il n’y a qu’un Dieu ! Tu n’auras point d’autres dieux devant ma face ! »

— une vieille barbe de dieu, un dieu coléreux et jaloux s’est oublié ainsi : —

C’est alors que tous les dieux se mirent à rire et à s’écrier en branlant sur leurs sièges : « N’est-ce pas là précisément la divinité, qu’il y ait des dieux — qu’il n’y ait pas un Dieu ? »

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. —

Ainsi parlait Zarathoustra dans la ville qu’il aimait et qui est appelée la « Vache multicolore ».