Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/298

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tables des dévots ! Brisez dans vos bouches les paroles des calomniateurs du monde !


16.


« Qui apprend beaucoup, désapprend tous les désirs violents » — c’est ce qu’on se murmure aujourd’hui dans toutes les rues obscures.

« La sagesse fatigue, rien ne vaut la peine ; tu ne dois pas convoiter ! » — j’ai trouvé suspendue cette nouvelle table, même sur les places publiques.

Brisez, ô mes frères, brisez même cette nouvelle table ! Les gens fatigués du monde l’ont suspendue, les prêtres de la mort et les estaffiers : car voici, c’est aussi un appel à la servilité ! —

Ils ont mal appris et ils n’ont pas appris les meilleures choses, tout trop tôt et tout trop vite : ils ont mal mangé, c’est ainsi qu’ils se sont gâté l’estomac, —

— car leur esprit est un estomac gâté : c’est lui qui conseille la mort ! Car, en vérité, mes frères, l’esprit est un estomac !

La vie est une source de joie : mais pour celui qui laisse parler son estomac gâté, le père de la tristesse, toutes les sources sont empoisonnées.

Connaître : c’est une joie pour celui qui a la volonté du lion. Mais celui qui est fatigué est sous l’empire d’une volonté étrangère, toutes les vagues jouent avec lui.