Page:Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (trad. Albert, 1903).djvu/396

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se plait à courir sur les toits blanchis par l’hiver et sur la neige.

À ta suite j’ai aspiré à tout ce qu’il y a de défendu, de mauvais et de plus lointain : et s’il est en moi quelque vertu, c’est que je n’ai jamais redouté aucune défense.

À ta suite j’ai brisé ce que jamais mon cœur a adoré, j’ai renversé toutes les bornes et toutes les images, courant après les désirs les plus dangereux, — en vérité, j’ai passé une fois sur tous les crimes.

À ta suite j’ai perdu la foi en les mots, les valeurs consacrées et les grands noms ! Quand le diable change de peau, ne jette-t-il pas en même temps son nom ? Car ce nom aussi n’est qu’une peau. Le diable lui-même n’est peut-être — qu’une peau.

« Rien n’est vrai, tout est permis » : ainsi disais-je pour me stimuler. Je me suis jeté, cœur et tête, dans les eaux les plus glacées. Hélas ! combien de fois suis-je sorti d’une pareille aventure nu, rouge comme une écrevisse !

Hélas ! qu’ai je fait de toute bonté, de toute pudeur, et de toute foi en les bons ! Hélas ! où est cette innocence mensongère que je possédais jadis, l’innocence des bons et de leurs nobles mensonges !

Trop souvent, vraiment, j’ai suivi la vérité sur les talons : alors elle me frappait au visage. Quelquefois je croyais mentir, et voici, c’est alors seulement que je touchais — à la vérité.

Trop de choses sont à présent claires pour moi, c’est pourquoi rien ne m’est plus. Rien ne vit plus