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AURORE


475.

Devenir lourd. — Vous ne le connaissez pas : il peut suspendre après lui bien des poids, il les emporte néanmoins tous dans les hauteurs. Et vous jugez, d’après votre petit essor, qu’il veut rester en bas, parce qu’il suspend ces poids après lui.

476.

La fête de la moisson de l’esprit. — Cela augmente et s’accumule de jour en jour, les expériences, les événements de la vie, les réflexions à leur sujet, les rêves que provoquent ces réflexions, — une richesse immense et ravissante ! L’aspect de cette richesse donne le vertige ; je ne comprends plus comment on peut appeler bienheureux les pauvres d’esprit ! — Mais je les envie parfois, alors que je suis fatigué : car la gestion d’une pareille richesse est une chose difficile et il n’est pas rare que sa difficulté écrase toute espèce de bonheur. — Hélas ! si l’on pouvait se contenter de contempler sa richesse ! Si l’on était que l’avare de sa connaissance !

477.

Délivré du scepticisme. — A : D’autres sortent d’un universel scepticisme moral ennuyés et faibles, rongés et vermoulus, et même corrodés plus qu’à moitié, — mais moi j’en sors plus courageux et mieux portant que jamais, avec des instincts recon-