Page:Nietzsche - Considérations inactuelles, I.djvu/149

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


cas comme si leur devise était : « Laissez les morts enterrer les vivants. »

Chacune des trois façons d’étudier l’histoire n’a de raison d’être que sur un seul terrain, sous un seul climat. Partout ailleurs ce n’est qu’ivraie envahissante et destructrice. Quand l’homme qui veut créer quelque chose de grand a besoin de prendre conseil du passé, il s’empare de celui-ci au moyen de l’histoire monumentale ; quand, au contraire, il veut s’attarder à ce qui est convenu, à ce que la routine a admiré de tous temps, il s’occupe du passé en historien antiquaire. Celui-là seul que torture une angoisse du présent et qui, à tout prix, veut se débarrasser de son fardeau, celui-là seul ressent le besoin d’une histoire critique, c’est-à-dire d’une histoire qui juge et qui condamne. Bien des calamités viennent de ce que l’on transplante à la légère les organismes. Le critique sans angoisse ; l’antiquaire sans piété ; celui qui connaît le sublime sans pouvoir réaliser le sublime : voilà de ces plantes devenues étrangères à leur sol natif et qui à cause de cela ont dégénéré et tourné en ivraie.

3.

L’histoire appartient donc en second lieu à celui qui conserve et vénère, à celui qui, avec fidélité et amour, tourne les regards vers l’endroit d’où il vient, où il s’est formé. Par cette piété, il s’acquitte