Page:Nietzsche - Considérations inactuelles, I.djvu/49

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une seule chose demeure certaine pour nous, c’est que son Beethoven à la confiture n’est pas notre Beethoven, et que son Haydn à la soupe n’est pas notre Haydn. D’ailleurs, le magister trouve que notre orchestre est trop bon pour l’exécution de son Haydn et il prétend que seulement les plus humbles dilettantes peuvent rendre justice à cette musique. Encore une preuve que c’est d’un autre artiste et d’une autre œuvre d’art qu’il veut parler. Il s’agit peut-être de la musique domestique de Riehl.

Mais qui peut bien être ce Beethoven à la confiture dont parle Strauss ? Il aurait fait neuf symphonies dont la Pastorale est « la moins spirituelle ». Nous apprenons que, chaque fois qu’il entend la troisième, il est tenté « de prendre le mors aux dents et de chercher aventure », d’où nous pourrions presque inférer qu’il s’agit d’un être double, mi-cheval, mi-chevalier. Au sujet d’une certaine Eroica, ce centaure est vivement pris à partie parce qu’il n’aurait pas réussi à exprimer « s’il s’agit de combats en plein champ, ou de combats dans les profondeurs de l’âme humaine ». Dans la Pastorale, il y aurait, paraît-il, « une tempête parfaitement déchaînée » pour laquelle ce serait « vraiment trop insignifiant » d’interrompre une danse champêtre ; c’est pourquoi, « par son lien arbitraire à une cause triviale sous-entendue » — c’est le tour de phrase aussi élégant que correct dont se sert Strauss —