Page:Nietzsche - Considérations inactuelles, I.djvu/82

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souvent très malveillant et la manière arrogante et hostile de quelques-uns de ces jouteurs de gazettes. Comment, nous dira-t-il, peut-il y avoir une opinion publique au sujet de mon livre, si chaque journaliste possède le droit de me mettre hors la loi et de me déchirer à belles dents ! Cette contradiction apparente est pourtant facile à expliquer, dès que l’on envisage le livre de Strauss sous deux faces différentes, le côté théologique et le côté littéraire. C’est seulement ce dernier côté du livre qui touche la culture allemande. Par sa nuance théologique, s’il se trouve en dehors de cette culture, il soulève l’antipathie des différents partis théologiques, et même, somme toute, de tous les Allemands individuellement, pour autant que chacun de ceux-ci est de nature un sectaire théologien, inventant seulement sa singulière croyance individuelle, pour pouvoir se dire dissident à l’égard de toute autre croyance. Mais écoutez tous ces sectaires théologiques quand il s’agit de parler de l’écrivain Strauss. Aussitôt toutes les dissonnances théologiques se taisent, et c’est de la bouche d’une seule communauté que l’on entend dire : mais, malgré tout, il reste un écrivain classique. Chacun, fût-il même l’orthodoxe le plus endurci, adresse à l’auteur les éloges les plus pompeux, et il ne manque jamais d’ajouter un mot au sujet de sa dialectique presque lessingienne, vantant la finesse, la beauté et l’exactitude de ses vues. En tant que