Page:Nietzsche - La Généalogie de la morale.djvu/16

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cette estimation exagérée et toute moderne de la pitié est, en effet, quelque chose de nouveau : jusqu’à présent c’était précisément sur la valeur négative de la pitié que les philosophes étaient tombés d’accord. Qu’il me suffise de nommer Platon, Spinoza, La Rochefoucauld et Kant, ces quatre esprits aussi différents que possible l’un de l’autre, mais unis sur un point : le mépris de la pitié.


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Ce problème de la valeur de la pitié et de la morale altruiste (— je suis un adversaire de la honteuse effémination du sentiment qui a cours aujourd’hui — ), ce problème ne paraît être tout d’abord qu’une question isolée, un point d’interrogation unique et à part ; mais à celui qui s’arrêtera ici une seule fois, à celui qui apprendra à interroger, il lui en adviendra comme il m’en est advenu : — une perspective nouvelle, immense, s’ouvrira devant lui, la vision d’une possibilité le saisira comme un vertige, toutes espèces de méfiances, de soupçons, d’appréhensions se feront jour, la foi en la morale, en toute morale chancellera, — enfin une exigence nouvelle élèvera la voix. Énonçons-la, cette exigence