Page:Nietzsche - Le Cas Wagner (trad. Halévy et Dreyfus).djvu/21

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I.

J’entendais hier — le croirez-vous ? — pour la vingtième fois le chef-d’œuvre de Bizet. Je l’entendis de nouveau jusqu’au bout, avec la douceur du recueillement et, de nouveau, sans déserter. Cette victoire sur mon impatience me surprend. Comme un ouvrage pareil vous rend plus parfait ! On devient soi-même un « chef-d’œuvre. » — Et vraiment, toutes les fois que j’ai entendu Carmen, il m’a semblé que j’étais plus philosophe, meilleur philosophe, qu’auparavant : je devenais si longanime, si heureux, si indien, si rassis… Cinq heures de fauteuil : première étape vers la Sainteté ! — Oserais-je le dire ?.. l’orchestration de Bizet est presque la seule que je supporte encore. Cette autre orchestration que l’on exalte à présent, l’orchestration wagnérienne, à la fois brutale, factice et naïve — ce qui lui permet