Page:Nietzsche - Le Gai Savoir, 1901.djvu/206

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avec la foule et il est le panégyriste de la foule, mais un jour il sera son adversaire ! Car il la suit en croyant que sa paresse y trouverait son compte : il n’a pas encore appris que la foule n’est pas assez paresseuse pour lui ! qu’elle pousse toujours en avant ! qu’elle ne permet à personne de demeurer stationnaire ! — Et il aime tant à rester stationnaire !

171

Gloire. — Lorsque la reconnaissance de beaucoup, à l’égard d’un seul, jette loin d’elle toute pudeur la gloire commence à naître.

172

Le gâte-sauce. — A. : « Tu es un gâte-sauce, — c’est ce que l’on dit partout ! — B. : Certainement ! Je gâte à chacun le goût qu’il a pour son parti : — c’est ce qu’aucun parti ne me pardonne. »

173

Être profond et sembler profond. — Celui qui se sait profond s’efforce d’être clair ; celui qui voudrait sembler profond à la foule s’efforce d’être obscur. Car la foule tient pour profond tout ce dont elle ne peut pas voir le fond : elle est si craintive,et a tant de répugnance à aller à l’eau !