Page:Noël - Fin de vie (notes et souvenirs).djvu/90

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Ne connaissant personne, inconnu, seul, tranquille, ma voix humble, à l’écart, modulait des concerts.

Dans mes rares (trop rares) apparitions à Paris, toutes relations nouvelles étaient écartées, même les plus illustres. Je refusai d’accompagner Michelet et Dumesnil chez Hugo et chez Lamartine, non pas par irrévérence, certes, mais par un pressentiment du rôle ridicule qu’il me faudrait jouer auprès de ces dieux, trop flamboyants pour mes petits yeux. Je me contentai de Béranger, plus simple et plus abordable, plus à ma portée. J’avais une perception très nette de mon insuffisance, de mon ignorance, et aussi de mon inguérissable timidité, ce qui me faisait croire ma présence impossible en de tels milieux.

Vu ma pauvre et infime complexion, ça n’était peut-être pas si déraisonnable. Je me le disais ces jours-ci, en lisant la correspondance de Flaubert ; j’eusse été dans ce monde écrasé à n’en jamais revenir. La plupart de ceux qui en faisaient partie avaient su, par le travail et par l’étude, centupler leurs forces natives ; ils avaient fortifié même leurs idées fausses ; dans mon état inculte, leurs grands airs m’eussent, du premier coup, anéanti… Je fis bien de demeurer au gîte.

J’avoue que, d’ailleurs, ces jours derniers, une grande pitié me prenait de Flaubert, en le voyant,