Page:Noailles - Les Éblouissements, 1907.djvu/347

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
342
DÉSESPOIR EN ÉTÉ

 

Que la langueur, que la douleur, que la tristesse ;
Que j’ai, petite fille, étrangement haï,
Haï d’un sombre amour, les êtres, les pays
Que je croyais voués à de plus forts délires ;
Je nmaifait résonner que mes nerfs sur ma lyre,
J’eus toujours peur, quand l’or d’un jour s’évanouit,
De n’avoir pas assez souffert, assez joui,
Je guettais dans la nuit les flèches de l’aurore,
Je criais au matin « Fais-moi plus mal encore ! »
Mais maintenant ce mal devient si fort, si fin,
Que je me sens mourir de son transport sans fin.
J’avance mes deux mains pour protéger ma vie,
Je regarde si nul Eros ne m’a suivie,
J’ai peur de ce qu’il faut qu’un désir languissant
Répande de soupirs, de sueur et de sang ;
Et redoutant le mal que l’été vient me faire,
Craignant ses sucs de fleurs, sa divine atmosphère,
Craignant son mol azur, ses floconneux remous,
Craignant surtout le soir que mon âme préfère,
Je pose sur l’espace un regard lent, dissous,
Qui dit, comme un reproche humble, soumis et doux :
« C’est vous, triste beauté, c’est vous, c’est toujours vous ! »