Page:Noailles - Passions et vanités, 1926.djvu/54

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route à parcourir était assez longue, moelleuse de poussière blonde, bordée d’un côté par les ronciers et les mûriers, où les volubilis, si fragiles, naissaient, disparaissaient, comme un regard et un soupir de fleur. De l’autre côté de la route, les collines s’appuyaient amicalement à l’espace, s’incurvaient pour laisser courir la ligne argentée où s’élançaient les trains, et précipitaient dans la plaine de petites sources torrentielles, qui s’abattaient en bouillonnant, en chuchotant, comme pour porter aux prairies, parmi les verts osiers, je ne sais quelle heureuse nouvelle des sommets.

J’ai, pendant mon enfance et mon adolescence, parcouru cette route avec un plaisir si fort qu’il me semble avoir failli mourir de la joie de vivre. Cette joie m’était lancée de tous les points de l’étendue, et, me frappant comme de mille balles argentines, me faisait réellement chanceler de nostalgie céleste et d’ineffable convoitise.

À mesure que nous approchions du couvent, la cloche aux sons distincts répandait