Page:Nodier - Les Femmes celebres contemporaines.pdf/276

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée

honoré de sa confiance et de son estime, à ces épanchements familiers où l’on s’apprécie à sa juste valeur, vous ne tarderez pas à reconnaître dans Mme Aragon un choix d’expressions, indice certain d’un grand savoir et d’un goût épuré ; vous serez attiré vers elle, non par cette pruderie qui ternit tout, jusqu’à la grâce ; non par cette adroite ambition de briller, qui n’est bien souvent chez les femmes qu’un riche ornement sur un tissu léger ; mais par cette raison douce, insinuante, donnant encore plus de charme à l’esprit ; mais par ces révélations modestes d’un talent créateur n’osant pas se montrer. Jamais vous n’entendrez s’échapper de la bouche de Mme Aragon le moindre mot qui puisse nuire à quel qu’un, ni blesser l’amour-propre, même de ses rivales. Ce n’est en effet que l’impuissance de créer qui produit l’habitude de médire ; et la femme que je me suis chargé de peindre est convaincue plus que toute autre que l’honneur d’avoir de la science ne vaut jamais la peine qu’on éprouve à l’acquérir.

Je n’ai point l’avantage si précieux de la connaître particulièrement, et je n’ai fait qu’entrevoir son paisible et honorable foyer. Là, j’ai vu la plus tendre mère qui dirige ses enfants avec ce ton ravissant d’une sœur et d’une amie ; là, j’ai vu sa fille aînée, que non contente d’avoir dotée de tout ce qui charme les yeux, elle initie pour ainsi dire à ses secrets de bonheur, à cette précieuse habitude de s’occuper sans cesse, et par là de méconnaître l’ennui qui souvent fait une femme légère, même de la plus estimable. Enfin là, j’ai vu cette égide maternelle couvrant sans cesse une fille chérie sans qu’elle s’en aperçoive, et la conduisant, par d’aimables causeries et des récits attachants, à cette connaissance du monde qu’on ne saurait trop étudier… J’ai cru voir une seconde Sévigné.