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s'allonger comme alors sous la compression d'un corps baleiné. Les manches étroites de la robe descendent jusqu'au poignet. Les postiches rejettent encore en arrière le développement de la jupe, tandis que le vaste fichu en linon, le fichu menteur, engonçant le cou, amplifiant la poitrine, se projette de plus en plus en avant. La physionomie de ce costume disparut presque tout à coup. Sauf, en effet, l'arrangement de la chevelure, on ne retrouve plus en 1796 ni le corps baleiné, ni le buste allongé, ni la robe juste. (Racinet.)

Cette révolution dans le costume des femmes fut, ajoute Racinet, le triomphe des efforts des médecins de la dernière partie du siècle. C'était, en réalité, une réforme tardive, poursuivie par eux avec tant d'insistance et de force que des corps constitués leur avaient prêté leur concours et que l'on vit des instituts comme celui de Schnepfental proposer des prix pour ceux qui éclairciraient la question. Or, la réponse publiée en 1788 avait dès cette époque dessillé les yeux du public.

La raison et la mode ne marchent guère de conserve pendant longtemps. A ce costume aisé, dont la ceinture était placée à une hauteur normale succéda bientôt la robe collante dont la ceinture fut remontée sous le sein et la coiffure empruntée à la statuaire antique.

La réaction contre tout ce qui pouvait rappeler l'ancien régime aggrava cette antiquomanie. Et si après le 9 thermidor (27 juillet 1794) le luxe reparut, il n'en est pas moins vrai que se firent jour alors toutes les excentricités des merveilleuses et des incroyables. « Les modes régentées par les dames françaises émigrées à Londres revinrent sur le continent après avoir été accommodées à l'opulence anglaise. » L'anliquomanie se combina avec l'anglomanie : ce fut la mode.

La chute du trône abolit toute décence. A quelques exceptions, dit Mme de Genlis, les femmes s'habillèrent en Vénus de Médicis ; les hommes les tutoyèrent, ce qui était tort naturel. Dans ces costumes transparents, on vit rarement des grecques, mais on ne vit plus des françaises ; toutes les grâces qui les avaient caractérisées jusque là les abandonnèrent avec la pudeur.

« Pendant le régime de la Terreur, quelques artistes, David à leur tête, avaient déjà préconisé le costume grec et le costume romain, comme les deux types que les hommes et les femmes devaient s'appliquer à imiter et à reproduire dans la République française. Le costume romain convenait mieux aux femmes grasses, qui par leurs for -