Page:Octave Mirbeau Un gentilhomme 1920.djvu/229

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mise, vous devinez comme !… vous devinez comme !…

— C’est un peu fort !… Et pourquoi ne la chassiez-vous pas de chez vous ?

— À quoi bon ?… D’ailleurs, leur temps fini, ils partaient. Il fallait bien que je les remplace.

— Eh bien ! moi, j’en aurais choisi de très laids, des bossus…

— Les laids, les bossus, les petits, les grands, les jeunes, les vieux, tout était bon à ma femme… Cela dura quinze ans.

— Mais, depuis Messaline, on n’a jamais vu ça !

— On ne voit pas tout, dans les ménages, reprit philosophiquement Justin Durand… Mais il y a mieux… Après quinze années de cette existence, un matin, ma femme me dit qu’elle avait mal au foie, et qu’il lui fallait s’en aller à Vichy. Je ne fus pas dupe de ce prétexte qui semblait inaugurer un nouvel état de choses… Mais que vouliez-vous que je fisse !… Elle partit… Voilà six ans de cela, et elle n’est pas revenue !…

— Où est-elle, maintenant ?

— Je n’en sais rien… je ne suppose pas qu’elle continue une cure qu’elle n’a pas dû commencer…

— Enfin, vous en voilà débarrassé !…

— Oui !… Mais elle me manque… Elle me manque, le soir, surtout… Nous avions l’habitude de passer ensemble nos soirées… Nous ne